Pour avoir été de ceux qui ont couvert la venue de Nicolas Sarkozy
à Wolfeboro pour ses vacances "présidentielles", je peux vous assurer
que ce ne fut pas une partie de plaisir. Certains collègues n'ont guère
eut de chance avec le Président, d'autres lui ont couru après sans
jamais le rattraper, d'autres enfin ont réussi à "loger" les Sarkozy et
leurs amis au prix d'une vrai-fausse planque en bateau devant la maison
(oui, c'est dur de cacher un bateau sur l'eau) qui aura duré au minimum
tout un week-end.
Fraichement rentré de ce détour dans le New Hampshire, et sûr que
les mag' français n'en rateraient pas une, je me suis mis en quête des
parutions.
J'achètais donc Paris Match, et découvrait une trés belle double de Neal Hamberg, photographe pour Reuters. Photo que voici:

Le temps passe et ce matin je découvre dans l'Express, édition électronique,
que Paris Match ce serait livré à une retouche de l'embonpoint
présidentiel. Preuve à l'appui... Y a pas de doute, il est plus fin sur
Match!
Une retouche que Time ne reproduira pas heureusement... et pour cause!....
Fin 2006, l'agence Reuters découvre qu'un de ses photographes
Libanais couvrant les affrontements entre le Hezbollah et Israël,
avait manipulé des images (diffusées à l'international). Une des photos
visées est une vue aérienne montrant le résultat des bombardements
Israéliens sur Beyrouth. Le photographe s'était livré à une
manipulation TRES grossière à l'aide d'un logiciel de retouche d'image,
afin de montrer une fumée plus forte s'élevant des bâtiments touchés.
Aprés enquête, Reuters retirait les 920 photographies prises par Adnan Hajj, mais le mal était fait et la la crédibilité de l'agence entachée.
A
la suite cet évènement, Reuters interdisait catégoriquement la retouche
autre que celle possible en chambre noire avant l'avènement du
numérique et mettait ses ingénieurs au boulot pour pondre un logiciel
de détection de retouches. C'était en 2006.
S'il est évident que l'histoire de Sarko ne dépend en rien de
Reuters, elle soulève une question éthique vis à vis de Paris Match.
Aussi infime soit elle, cette manipulation existe, et elle met en
lumière la contrainte croissante de l'esthétique sur le
photojournalisme.
"La position sur le bateau exagérait cette protubérance, explique Match. En allégeant les ombres, la correction a été exagérée en photogravure."
Un bon utilisateur de Photoshop ou d'un logiciel de retouche
similaire vous dira que la correction était aussi "légère" que la fumée
au dessus de Beyrouth! Impossible à réaliser par inadvertance!
C'est donc une action délibérée de Match visant à "améliorer" l'image de Nicolas Sarkozy au dépend de la vérité qui est révélée.
Quelle était la nécessité de gommer les aspérités corporelles de notre président?
Que
pouvait espérer Paris Match en réalisant cette manipulation, ou que
pouvait il redouter s'il ne la faisait pas? Qui a manipulé, le
photographe (NON!) ou le magazine?
Bien souvent dans l'esprit du public, ce type de questions ce
bousculent et déservent le photographe, le journal et la profession.
Mais également le sujet photographié.
La qualité de l'information
repose sur la crédibilité du média qui transmet cette information. Une
bonne information doit être sourcée et vérifiée, surtout pas manipulée.
Penser
que l'information par l'image puisse avoir une dérogation à ce principe
est affaire de conscience. Mais comme Reuters à l'époque il est
malheureusement certain que la réputation de Paris Match en pâtira.