Sortir du Cadre: What would Google do? (part 2)

November 18, 2009 by gholubowicz · 1 Comment 

Après avoir repris la question de Jeff Jarvis “What would Google do?“, je vous propose de continuer à chercher quel sera le futur du photojournalisme.

large16L’idée de mon dernier post “Sortir du Cadre” était de soulever l’épineuse question de l’innovation dont faisait preuve les acteurs de notre industrie, et en premier lieu, nous, les photojournalistes. Cette question de l’innovation – centrale à mes yeux pour espérer s’émanciper du couple presse/photographie et des aléas économiques qui le secoue – masquait en réalité une question peut être encore plus importante:  sommes nous prêts à changer?

L’adoption de telle ou telle technologie n’est pas en cause ici, et le fait d’utiliser Twitter ou Facebook ou tout autre plateforme sociale ne présage pas d’une bascule des mentalités, en revanche, ce changement que j’évoque, tutoie d’avantage le modèle mythique sur lequel nous avons construit notre imaginaire professionnel et se confronte directement à l’ampleur du bouleversement.
J’ai pu mesurer d’ailleurs à quel point il est difficile de faire comprendre que derrière la question “WWGD” ce n’est pas Google en tant que tel qui est cité comme modèle absolu, mais l’esprit dans lequel les fondateurs Serguey Brin et Larry Page se sont inscrit à l’origine et duquel ils ne sont jamais vraiment départi. Un esprit d’innovation, à contre courant des modèles et des pensées établies. Certes, Google aujourd’hui est la multinationale que l’on connait avec ses volontés hégémoniques de contrôle absolu sur l’univers du web, mais contrairement à Microsoft ou Coca Cola, Google s’est développée de façon quasi exponentielle et à achevé son enfance avec une taille de géant en un temps record. Ce que les autres ont mis 30 ans ou plus à construire, Google n’en a mis que 11. On pourrait croire que le colosse soit aux pieds d’argile, mais contrairement à Facebook ou Twitter, la santé du moteur de recherche est incomparablement supérieure et pour le coup, tout à fait tangible. Un tel succès, si arrogant soit il pour certain, ne peut traduire qu’une seule chose: aucun compétiteur n’a été en mesure de fournir une solution aussi innovante que celle de Google.

C’est cette constante mise en avant de l’innovation qui a permis aux jumelles du web de conserver cette avance.
Bon. A nous maintenant.

Durant la dernière quinzaine d’année… quelle a été la véritable révolution dans notre profession: le passage de l’argentique au numérique? Le numérique a presque tout changé, mais n’a presque jamais été un atout au développement de notre industrie, quand elle ne l’a pas complètement plombée. Sinon… quoi d’autre ? On a continué d’opérer comme on opérait en 1950 sans ce soucier de l’environnement dans lequel nous nous trouvions.

Alors oui, lorsqu’une industrie secouée par la crise depuis plus de 20 ans, subit – sans même parvenir à la comprendre tout à fait – la seule et unique révolution de son histoire (trés) récente, ce n’est pas une crise d’identité mais bien une crise de créativité à laquelle nous faisons face.

Une question de choix

C’est bien une question de choix. Que faire alors? Blâmer Google, le numérique et les pierres pour ce qu’on a pas su anticiper tout en s’endormant doucement, vidés par une hémorragie fatale ? La belle époque est finie, et notre imaginaire s’y accroche. Mieux, notre imaginaire collectif de photographe continue d’entretenir le mythe en célébrant les derniers reporters globe trotters, cassés, fauchés, mais tellement libres.
Quoi penser dans cet univers de transformation? Faut-il tout détruire ? Tout casser, revenir à l’ancien temps ? Faut il revenir à l’époque du Belin ou du télégraphe pour contenter notre appétit de stabilité et notre soif de pérennité? Eric Scherer nous pose la question:

Confrontés à la fin des incroyables années des baby-boomers, la tentation est grande pour les patrons de presse, qui se croyaient immortels, de jurer que le « balancier finira bien par revenir », d’ériger des murs, de « faire rentrer le génie dans la bouteille », de reprendre la main.

La volonté de « Restauration » d’un ordre ancien, alimenté par un mouvement classique de « Contre-Réforme », fait son apparition. « Ca tiendra bien jusqu’à ma retraite », « courbons le dos et attendons le web3 », « informer, c’est un boulot de journalistes », « il n’y a pas de révolution numérique », « qui se souvient des radios libres ? », « a-t-on bien fait d’aller sur le web ? », entend-on aujourd’hui du haut en bas de la hiérarchie d’un média traditionnel.

Nous ne pouvons plus glisser sous le tapis ce qui devient de plus en plus évident aux yeux de tous. Le photojournalisme est condamné à se réformer ou à mourir.
Alors que faire? Probablement embrasser la convergence des médias et faire des technologies émergentes nos meilleures armes. Chercher l’hybridation des moyens de diffusions et des revenus, favoriser l’entrepreneuriat, le rapprochement entre techniciens informatiques et techniciens de l’information pour créer l’info-technique. Intégrer à tous les niveaux (photographes et agences) la part de net activité sociale – croissante dans l’économie des liens – s’ouvrir aux autres, sortir de la bulle B2B pour retourner vers le public, le lectorat, cette fraction de la population drainée chaque été par les festivals de photojournalisme, créer un lien entre eux et nous.

C’est un choix qui s’ouvre à nous et dont les implications ne sont pas immédiatement évidentes, mais qui offriront à ce secteur une véritable opportunité de se régénérer et de continuer à faire ce qu’il sait faire de mieux, raconter le monde en image.

Les pistes

2009 aura certainement été la pire des années pour la presse et pour le monde du photojournalisme, une année de crise qui a vu une chute de 25% des revenus publicitaires aux Etats Unis, et qui contrairement à 1929 ou au premier choc pétrolier de 70, amorce un tournant décisif dans l’équilibre économique des médias qui ne retrouvera jamais son état initial. Dans ce contexte l’émergence de nouvelles tendances n’est pas un phénomène à ignorer d’autant plus qu’elles se confirmeront très certainement dans le temps (sauf si 2012 s’avère être réellement la fin du monde).

Il ne fallait pas résister à la transformation de notre monde analogique en un monde numérique ni réfuter son impact sur nos économies et en particulier dans notre secteur d’activité - c’est pourtant ce que nous avons fait – il ne faudra pas ignorer les questions de l’innovation et de la révolution si nous voulons nous en sortir. Plusieurs évolutions sont soulignées par un certain nombre d’observateurs, ici aux Etats Unis, et si toutes provoquent les même réaction de panique dans les rangs de la presse Américaine, quelques unes d’entre elles sont observées, disséquées et analysées dans l’espoir d’y trouver la solution miracle. Las, pas de solution seulement une révolution.

Clay Shirky dans son Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations nous explique qu’aujourd’hui le pouvoir revient aux masses, qu’Internet leur a donné les outils pour se passer des structures d’encadrement tout en leur permettant d’agir plus efficacement. C’est la défiance du public à l’égard des institutions historiques. Où nous plaçons nous en tant que photojournalistes, en tant qu’agences? N’y a t’il pas là, matière à travailler, à chercher, à découvrir de nouvelles façon d’opérer en incluant d’avantage cette communauté d’internautes citoyens dans nos structures ou notre workflow?

Jeff Howe dans Crowdsourcing: Why the Power of the Crowd Is Driving the Future of Business suggère que les taches qui était jadis dévolues à une certaine catégorie de professionnels désormais trouvent une communauté plus large pour être accomplies, c’est l’ère de la collaboration de masse, de flickr, demotix et citizenside. Notre rôle de photojournaliste ne se réduit pas à faire de belles images d’actualité – les amateurs passionnés le feront trés bien – mais peut être devons renforcer notre capacité de tri, de vérification, de certification, de hiérarchisation, de mise en perspective, et de présentation de l’information à travers la photographie. Une tache qui d’après Eric Scherer dans “Que reste t-il aux journalistes” demeure l’apanage des journalistes et “Un atout encore « incopiable ».”

Chris Anderson dans The Long Tail: Why the Future of Business Is Selling Less of More pense que les produits qui n’ont qu’un faible volume de vente, peuvent collectivement représenter une part de marché égale ou supérieure à celle des best-sellers, si les canaux de distribution peuvent proposer assez de choix, et créer la liaison permettant de les découvrir (src wikipedia). Sur quels réseaux pouvont nous nous appuyer collectivement pour faire découvrir le travail de tout à chacun. PixPalace en est une forme, mais dans sa forme actuelle, elle ne représente aucun avenir puisque radicalement coupée du reste du monde numérique par un mur.

Enfin, comment comprendre qu’une industrie qui a si étroitement lié sa viabilité économique à un type de support (le papier) ne soit pas en mesure d’embrasser pleinement l’idée qu’il est désormais temps de lier son avenir et son développement au support digital et à ses nouvelles opportunités? Le développement massif des ebooks genre “Kindle” d’Amazon ou “Mac tablet” d’Apple nous pousse à réagir et à chercher la meilleure façon d’exploiter ces supports pour nous adresser – enfin – directement à une audience qui ne nous rejette pas, mais qui simplement ne nous connais pas.

Comment ignorer l’invention de Pranav Mistry - the SixthSense – qui préfigure ce que sera le papier de demain, comment passer à coté d’une reflexion qui nous mènera – nous photojournalistes – à déployer notre offre, notre talent et nos images sur ces plateformes. Comment ignorer itunes et ne pas tenter de s’en inspirer et en réalité pourquoi chercher à blâmer ce qui peut d’ores et déjà devenir une fantastique porte de sortie à la crise que nous vivons. La peur peut être.

Je reste réaliste face aux challenges qui sont les nôtres, et rejette en bloc tout angélisme naïf qui consisterai à croire qu’aucun d’entre nous ne souffrira durant cette période. Beaucoup d’entre nous n’aurons pas la possibilité d’être sauvé des eaux, mais je continue de croire qu’une démarche positive, tournée vers l’innovation et le changement vaut mieux que de rester là à écouter l’orchestre jouer tandis que notre navire coule inexorablement.


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