Sortir du Cadre: 2010 et la nouvelle décennie
December 26, 2009 by gholubowicz · 3 Comments
Après avoir repris la question de Jeff Jarvis “What would Google do? (part 2)“, je vous propose de continuer à chercher quel sera le futur du photojournalisme, mais cette fois, en 2010!

Fin d’année et heure des bilans. On s’embrasse en se promettant de corriger nos erreurs, de reprendre a zéro ce que l”on pense avoir rate. Les meilleurs intentions sont au rendez vous de minuit et disparaissent au petit matin dans une tasse de café noir.
La saison est donc a l’heure du bilan, Adam Westbrook reprend les 10 tendances principales selon lui de 2010, Ross Dawson explique en substance quelles sont les stratégies a adopter pour créer le futur écosystème médiatique, David Carr enfin explique dans son “After a Year of Ruin, Some Hope“ pour le New York Times que l’espoir se trouve dans le marche de niche, l’hyperlocal et surtout l’innovation en soulignant notamment le dynamisme des étudiants de l’Ecole de Journalisme de CUNY et leur travaux innovants, d’ailleurs récompensés dans le cadre des cours de Journalisme Entreprenarial dispenses par Jeff Jarvis.
Et le photojournalisme?
Notre univers déjà bien tourmente se prépare a deux chocs successifs pour l’année a venir, un bien et un mal, le Ying et le yang de la photo.
Le premier – en termes de gravité - et probablement le plus dévastateur tient dans la stratégie de Getty Images qui proposera désormais des tarifs imbattables aux éditeurs en échange d’un approvisionnement exclusif chez le géant de la photo. L’analyse de Paul Melcher, dans “The year of the Predator” vaut le détour mais pour faire simple Getty a décidé de rentrer dans un magasin de porcelaine avec un char d’assaut: objectif anéantir toute concurrence et agréger la plus grande part de marché. Aidé par une conjoncture défavorable et un besoin féroce pour les magazines et journaux de faire des économies sur tous les postes, cette stratégie va heurter à la fois les petites agences comme les acteurs majeurs de l’industrie tels AP, AFP & Reuters – et plus directement Corbis. Même si ces derniers sauront mieux résister a l’agression- contrairement a leurs homologues plus modestes – il n’en demeure pas moins que Getty cherche dans l’ensemble a tenir sa position de leader par tous les moyens, même les plus irresponsables. Pourtant force est de constater que Getty reste de loin le seul acteur du marche capable de dicter sa volonté a l’ensemble de la troupe et en cela, la firme de Seattle nous donne une véritable leçon. Elle profite de l’absence de loi anti-dumping et se protège derrière la loi antitrust pour éviter de faire face à un front commun infranchissable. Les autres n’ont qu’à souffrir en silence et se résignent à passer l’année la plus terrible de leur existence. Apres Gamma, Grazia Neri, L’Oeil Public se déclare en cessation de paiement. Les autres suivront bientôt, mortellement frappés par cette conjonction de facteurs dévastateurs.
Pourtant l’espoir est la. Le second choc de l’année va être dans la prolifération des “tablettes” numériques type Kindle d’Amazon, ”iSlate” d’Apple ou “Manhattan Project” de Time.inc . Une explosion des terminaux qui se traduira par une migration massive des titres vers ces nouvelles plateformes. Un transfert qui restera sans doute assez classique dans la forme – le design des nouveaux “sites/magazines/journaux” devant dans un premier temps accompagner le lecteur vers la transition sans le heurter – mais qui implique que nous soyons en mesure de nous positionner sur ce marché qui va certainement bénéficier d’un appel d’air du a la multiplication des supports et des sites.
Reste à savoir ce que nous pourrons offrir, comment et a quel prix et si nous pourrons nous organiser?
Il nous faut désormais envisager le net comme une révolution d’hier, un produit d’aujourd’hui et un mode de vie pour demain.
Multimédia ou photographie “traditionnelle”, nous sommes déjà en mesure de toucher ce public, mais nous devons en restaurer les bases.
Rectifier le tir en termes de pratiques tarifaires et cesser de considérer internet comme un sous-univers ou la règlementation en matière de droits intellectuels et les tarifs de rémunération sont a géométrie variable , élaborer de nouveaux outils de mesure d’audience, utiliser des outils innovants comme les QR code pour “protéger” et renseigner nos images, unifier nos pratiques en matière de formatage d’information et d’utilisation des champs IPTC, prendre notre autonomie, cesser de supporter des structures vouées a disparaitre, créer de nouvelles entités, éduquer massivement le grand public et les professionnels, sortir de l’isolement, innover enfin!
Keyword for 2010: Innovation
Sans perdre de vue que le marché Européen n’est pas de la même nature que le marché US, il n’en reste pas moins que l’innovation en matière d’information et de news organisation va devenir le maitre mot pour tous ceux qui voudront survivre à l’extinction de masse qui se prépare. Les futurs entrepreneurs devront s’affranchir des modèles et des tendances d’aujourd’hui, sortir de la spirale distributeur/acheteur, appréhender la photographie de presse non comme un produit a vendre pour une destination unique, mais comme un vecteur, un catalyseur, un révélateur de l’information et appliquer de nouvelles règles de tarifications sur ces bases.
Mais attention aux pièges tentants. Si je reste un hardant défenseur du multimédia, je suis de plus en plus farouchement opposé a cet état d’esprit qui consiste à penser que nous y avons trouve la voie du salut. Contrairement à Samuel Bollendorf, ce n’est pas le rapport cout de production/prix d’achat que je remets en cause. Je dirai même que je trouve irresponsable de clamer – comme il le fait – a qui veut l’entendre qu’une production multimédia coute 50.000 euros a produire et ne se vend quasiment pas, ce faisant, il décourage a mon avis ceux tentes par l’aventure – et c’est bien plus grave de mon point de vue et sous tend l’ idée bourgeoise d’une élite capable d’atteindre un nirvana interdit au commun des mortel (merci la SCAM et le CNC de jouer les St Pierre) . Ce que je conteste c’est la nouveauté du modèle économique. La réalité, c’est que nous venons chasser sur les terres de la TV sur un terrain de très grande convergence médiatique, pour tirer notre épingle du jeu et survivre au cataclysme. Vincent Laforet, Robert Caplin et d’autres réalisent d’honorables productions, mais qui peinent a atteindre les standards de qualité TV et qui pour l’instant (au moins pour les productions publiques) n’apportent rien en terme de narration. Chasser sur d’autres terres, même si c’est satisfaisant pour un temps, n’est pas une innovation.
Je ne prétends pas être détenteur de la solution, et ce ne sont pas ces commentaires qui changeront des pratiques antédiluviennes destinées à disparaitre. En revanche, je vous invite à réfléchir a ce que pourrait être la/les solutions. Je vous invite à reconquérir cette position trop souvent laissée vacante de novateur, de pionnier, d’avant-gardiste et en particulier, je m’adresse a cette génération 80′s qui ne se rappelle pas ou peu des TriX et du baryté mais connait très bien internet et son univers de repenser le photojournalisme en partant d’une page blanche.
Si je devais avoir un vœu à exprimer sur ce blog pour cette année, ce serait bien celui ci. De voir fleurir – comme le dit Clay Shirky – un millier de fleurs et voir remplacé les fruits gâtés et trop vieux.
Bonne Année a tous et meilleurs voeux!





Bonjour Gérald. Je découvre ton blog. Bravo pour ce billet pragmatique (la situation du marché et l’influence de Getty) mais surtout positif quand tu abordes les manières d’évoluer. Je suis d’accord sur le moyen terme, à savoir l’influence que vont avoir les tablettes graphiques et autres produits assimilés mais je pense que cette évolution ne se fera pas en un jour à fortiori en France par exemple. Je bosse beaucoup en presse spécialisée (mais pas seulement heureusement..) et peu d’éditeurs investissent ou sont en mesure d’investir sur le net faute de business model efficace pour l’instant. Par manque de moyen et d’imagination aussi, il mise encore sur le papier car leur savoir faire est là. Plus dure sera sans doute la chute dans quelques années mais ceux qui ont misé sur le net ne s’y retrouvent pas forcément non plus, au moins pour l’instant…
Salut Thierry, Merci pour ce commentaire, effectivement le débouché “tablette” a court terme (6-7-8 mois) semble encore irréaliste. Il faut attendre de voir les technologies sortir dans le commerce pour voir comment les services sauront s’y adapter. Si la tablette Apple suscite tous les espoirs, elle pourrait s’avérer décevante, ou une totale révolution, et ce n’est ni Amazon, ni Sony qui sera capable de drainer les consommateurs vers ce type de produit tant leur image est dépourvue du charisme suffisant pour créer un mass effect. Mais who knows? Les choses changent vite dans cet univers. Ceci dit, et comme tu le souligne, la capacité et la volonté des editeurs de presse a investir dans cette technologie semble pour le moment encore assez faible. D’une part les patrons de presse se concentrent au colmatage des brèches dans le navire, d’autres part ils semblent considérer l’équipage plutôt comme un problème qu’une source de solutions. Or c’est en anticipant et en opérant un virage radical vers le tout numérique que ces mêmes éditeurs reprendraient la main sur leur destin. Ainsi, d’après de récentes études du Nieman Lab, si le New York Times cessait toute publication papier durant la semaine pour passer son contenu exclusivement sur son site, son cours en bourse ferait un bon énorme. En s’appuyant sur son staff éditorial, l’opération aurait toutes les chances d’être un succès. Il ne reste qu’a attendre ou créer l’alternative.