J’ai eu la chance, le 20 janvier dernier, de pouvoir me rendre à Washington pour assister à l’inauguration de Barack Obama. L’idée était de suivre un groupe de supporter venant d’Harlem avec qui j’avais fait connaissance le soir de l’election le 4 novembre 2008. Deux millions de personnes avaient eu la même idée que nous, je n’ai donc jamais retrouvé mon groupe. Mais j’ai trouvé ce que je cherchais. Les gens, l’autre partie de l’histoire. Cette part silencieuse qui a fait le fondement de la campagne présidentielle de 2008. Cette masse venue communier dans le froid et témoigner de ce moment. J’ai retrouvé les mêmes visages de joie, d’émotion, cette même sensation d’être avec les autres, de former un tout. Je ne pense pas que ces images aient fait le tour de la planète en première page des journaux. J’avoue même que je ne sais pas si mon agence en a vendu, ne serait-ce qu’une seule. Mais peu importe. J’avais envie de voir ces images dans 10 ans ou 20 ans. J’avais envie de me rappeler. J’avais besoin de les avoir dans l’oeil. Même si l’expérience a pu être éprouvante, j’ai photographié pour l’histoire, pour mon histoire, pour documenter ce qui a été un évènement unique. Pour être là et dire j’y étais.
2008 s’achève et c’est la valse des best of photo pour tous les magazines. Consultables en ligne directement sur leur site internet le New York Times, Msnbc, Time Magazine, the Big Picture tous nous racontent l’année en image. Formidables galeries regroupant les meilleurs cliches réalisés l’année passée? Oui, mais y a un bémol. Ces best of ne sont tires que des productions d’AP, Reuters et AFP (via Getty aux US). Question: ou sont passées mes photos? uhm, je veux dire NOS photos. Nous autres photographes de Sipa, Gamma, Abaca ou Redux, l’Oeil public, Tendance Floue,Contact, Noor, Magnum, Seven, Aurora ou Polaris (j’en oublie), ne sommes nous pas aussi bon? Nous aussi nous nous battons, tous les jours pour fournir aux magazines des images de haute qualité, des images fortes, informatives, souvent avec bien moins de moyen que les wire services. Alors quoi? Serai-ce notre œil qui ne verrait pas les bonnes choses. Serions nous trop mauvais pour figurer dans ces best of? Serions nous des photographes de seconde zone que l’on ne montre pas par honte d’afficher du mauvais travail dans des colonnes qui n’ont – à l’évidence – connue que l’excellence? I don’t think so.
La réalité est a la foi économique et comportementale. Économique, parce que ces best of sont réalisé a partir de photographies distribuée par des agences auxquelles sont abonnés les magazines. Des services au forfait qui permettent de réduire les couts d’illustration d’un magazine tout en assurant une qualité et une diversité importante. Second facteur, comportemental. Il est plus facile de boire à la source qui est à portée de bras plutôt que de parcourir quelques kilomètres pour trouver une eau meilleure, en tous cas différente. On parle ici de fainéantise intellectuelle confortée par la pression économique.
Une idée à creuser… Pour une fois, ces “petites” agences concurrentes n’aurait elle pas intérêt a s’entendre et créer un service internet type wire service? Les solutions existent déjà, quelques plateforme de regroupement sont déjà en activité, mais ne faudrait il pas pousser l’expérience plus loin? Créer une marque, un label indépendant de ces structures mais soutenu par elle pour élargir la diffusion du matériel et créer les conditions d’une véritable concurrence entre Wire services et Agences magazine. Une sorte de coopérative mondiale des petites structures, un tuyau géant auquel n’importe quel magazine ou newspapper pourrait s’abonner. Une structure qui pourrait apporter plus qu’une simple distribution, mais aussi une standardisation des IPTC, un pacte qualité (par qualité j’entends éthique avec des codes simples pour repérer les images retouchées de celles qui ne le sont pas par exemple) une charte déontologique universelle, et pourrait même servir d’interface pour les agences dans leur dialogue avec la presse, internet et les institutions. On pourrait par extension, demander aux photographes distribué par les agences membres de cotiser (librement bien sur) à cette “fédération” internationale, de sorte qu’il serait plus facile de faire entendre notre voix sur les questions de copyright notamment.
Ce n’est qu’un rêve… 2009 me rend optimiste.
En attendant je vous laisse avec MON best of 2008.
See ya
P.S1: Post en attente depuis quelques jours, pas eu le temps de publier avant fin 2008, alors ce sera mon premier post de 2009.
P.S2:Il semble que je ne soit pas seul à m’interoger sur ces Best Of, à lire Paul Melcher.
Fin d’année et bonnes résolutions sont en vue. Dans ce domaine tout le monde a fort à faire. Voici 10 conseils (que je devrais également suivre) pour devenir un meilleur photojournaliste.
L’outil. Le photographe est celui qui écrit avec la lumière, le photojournaliste donne un point de vue et rapporte une information. Dans ce processus intellectuel, la part de l’outil utilise est grande, mais ne doit pas être centrale. L’outil doit savoir s’effacer sous les doigts du photographe et ne plus faire qu’un pour capturer l’essentiel. Peu importe sa nature. C’est la rencontre de cette fraction de temps et du photographe qui sait la voir qui fait la photo. Sachez naviguer entre le numérique et l’argentique, ne les opposez pas. Chaque outil a son propre rythme et répond aux exigences du sujet sur lequel vous travaillerez. L’outil doit servir l’histoire que vous racontez, épouser son temps de narration. Du grain au pixel le trait d’union c’est vous.
Réinventez l’histoire. Tout est déjà fait! Si Michel Ange s’en était tenu à cet adage en voyant les œuvres de Piero della Francesca, nous n’aurions jamais eu la Chapelle Sixtine. Renouvelez les genres, explorez les voies nouvelles et tentez les expériences! Si deux chemins se présente à vous, choisissez le plus ardu, de l’effort que vous fournirez pour le parcourir sortira quelque chose de meilleur. Soyez inspire mais pas dépendant, soyez novateur et pas suiveur. Ok, ok, plus facile à dire qu’à faire… l’essentiel c’est de le faire.
Ouvrez votre regard. Soyez prêts à voir ce que les autres ne voient pas. Photographier un évènement c’est aussi ça. Retrouver dans l’ordonnancement des choses la cohérence de votre regard et figer la scène pour le reste des temps. Préparez vous à l’inattendu. Lorsqu’on travaille sur une histoire, on peut souvent se retrouver enfermé, trop occupé à ne voir que ce que l’on cherche, trop concentré sur l’histoire pour éviter de rencontrer d’autres histoires. L’expression créative de notre regard trouve sa pleine mesure dans ces imprévisibles moments.
Ne lâchez pas prise. Conseil de vie, conseil de photographe. Ne lâchez pas prise, même si c’est la crise! Si vous croyez en votre œil et que votre démarche est construite autour d’une réflexion créative et commerciale forte, alors vous y arriverez. Photojournaliste n’est pas un métier facile. Examinez vos archives, les photos prises en 2008, et voyez celles dont vous êtes pleinement satisfait. Combien y en a t’il? Fort à parier que vous vous attendiez à en trouver plus. A en voir des images plus fortes, plus construites que celle que vous avez photographié. Demandez vous pourquoi. Avez-vous résisté au contentement facile, au temps qui presse? Avez vous renoncé à ce dernier coup d’œil, à ces dernières minutes d’attente, à sortir sous la pluie ou sous la neige? Avez-vous préféré Drucker au sirop de la rue, les lumières cathodiques à celle de l’éclairage public. Si oui, vous savez quoi faire.
A la poursuite de la “bonne” image. C’est la quête de beaucoup d’entre nous, mais pourtant c’est la pire de toute. Pour “LA” bonne photo à réaliser, allez au rayon photographie de la FNAC la plus proche de chez vous et dévalisez la pile de manuels qui y sont entassé, vous y trouverez moult conseils. Pour moi la bonne photo est d’avantage celle qui exprime au mieux notre relation avec le monde. Comme individu, nous nous inscrivons avec curiosité dans le court du temps, fixant ce qui nous semble relever du moment magique. La finalité n’est donc pas créer un produit parfait, répondant a une liste de critères long comme le bras, mais bien de reproduire avec sens un lien évanoui entre les hommes et les choses qui nous entourent. C’est ce qui définit notre engagement dans ce monde, et finalement peu importe le médium ou le résultat.
C’est le temps de la convergence. Le temps du changement, l’Evolution tant redoutée qui laissera sur le carreau tous ceux qui auront refusé de s’y adapter, comme en son temps, le passage à l’ère numérique. La mutation qui donnera peut être un nouveau souffle…
Canon a dévoilé hier soir son nouvel appareil de prise de vue, hybride abordable d’une caméra video et d’un vrai boîtier pro photo. Le 5D Mark II semble l’outil parfait que nombre de photographes attendait (dont moi). Pas pour la course à l’armement, mais pour son potentiel d’expression démultiplié.
Dans le même temps, Chad Hurley, fondateur de Youtube, annonce ses ambitions dans un post où il indique vouloir conquérir les écrans du monde (rien que ça) à travers la vidéo en ligne. 13 heures de vidéo téléchargée chaque minute sur la plate forme américaine, et des contenus déjà visibles sur Tivo ou votre Iphone.
Les temps se durcissent pour les agences photographiques, Jean Pierre Pappis, fondateur de l’agence Polaris, confie à Miki Johnson devoir travailler encore plus dur aujourd’hui pour le même résultat qu’hier pendant que Christian Caujolle, fondateur de l’agence VU, regrette le temps ou l’image photographique trouvait acquéreur pour un prix à la hauteur des investissements créatifs et financiers. Getty Images brade ses images, passe à la vidéo, Corbis licencie. La presse n’est désormais plus un sérieux débouché pour la production photo. Le contenu seul de l’image fixe, s’il étonne encore par la prouesse de ses auteurs, ne suffit plus à véhiculer le propos. Les cimaises de Perpignan ont beau réunir des milliers de visiteurs, ce sont encore les projections (contenus animés et mis en musique) qui attirent le plus de spectateurs.
Enfin c’est le succès de Mediastorm, The Raw Files ou Talking Eyes Media, plateformes de production multimédia. De The multimedia shooter, lieu de connaissance pour tous les amateurs de contenu multimédia. C’est l’époque de l’explosion du mini format vidéo, des Codecs en tous genres, de Imovie, des webcams… l’image fixe se met à bouger. La parole remplace le silence, c’est l’heure de la complémentarité, l’heure de la convergence entre vidéo et photo. New York Times, Time.com, Newsweek, The Rocky Mountain News (un des plus prolifique et créatif) tous les grands se mettent à la production vidéo. Il est maintenant fréquent de se retrouver à coté d’opérateurs équipés de MiniDV estampillé New York Post, et la dernière Fashion Week comptait presqu’autant de caméra que de photographes. Dernière frontière franchie, les concours récompenses désormais le multimédia: NPPA et le NPOY et même le World Press Photo offrent une place au contenu multimédia!
La photographie n’est pas morte, pas plus que le photojournalisme, elle prend un nouveau sens et appuie un discours désormais accessible à chacun. Parce que le multimédia enrichit la photographie de ses interviews, en plans fixes et serrés sur le visage, le photojournalisme devra épurer ses images des portraits trop faciles et se concentrer sur l’histoire, la raconter de nouveau et proposer un angle différent au sein d’une même production. Parce que le photographe est trop souvent solitaire, il devra apprendre à se fondre dans une équipe et servir l’histoire dont il est dépositaire. La vidéo offre une nouvelle possibilité narrative, mais aussi de nouveaux débouchés éditoriaux et économiques.
L’audience formidable et croissante de la vidéo sur internet due à la généralisation d’un parc informatique de plus en plus performant, de technologies de codage permettant de meilleures compressions et du développement des réseaux, amènent doucement mais sûrement l’industrie du photojournalisme vers cette voie du multimédia.
Ce modèle nouveau n’affectera pas que les photojournalistes que nous sommes, mais également les agences pour lesquelles nous travaillerons. Le train est d’ailleurs déjà en route pour certains. X17, Splash et bien d’autres agences de Paparazzi ont pris le tournant, fournissent nombres de sites web et génèrent des revenus publicitaires sur leur blog.
Certains photographes comme Ziv Koren, ou Chase Jarvis profitent de l’outil pour offrir une nouvelle dimension à leurs projets et populariser leur point de vue.
Le futur est là dans la main des patrons d’aujourd’hui, ceux qui iront vers cette convergence des moyens attireront à eux les regards, les talents et les clients nouveaux. Ceux qui auront le courage de conserver leur identité de photographe, en offrant aux spectateurs l’accessibilité nouvelle de la vidéo, développeront les succès de demain. La convergence est en marche, la technologie apportera dans les cinq ans à venir la réponse à la crise que traverse aujourd’hui l’industrie du photojournalisme.
Quatre missiles pointant vers le ciel pour incarner la puissance de l’Iran. Voilà le message que cette image distribuée par Sepah News, l’organe de presse officiel Iranien, était chargé de transmettre au reste du monde. L’enjeu pour la République Islamique d’Iran était capital: démontrer à Israël et ses voisins qu’il était bien en mesure de frapper où et quand bon lui semblait. Une guerre psychologique aux enjeux terribles. Lorsque l’AFP distribue les clichés mercredi dernier, l’image fait immédiatement le tour du web et des publications. Trop vite… Sur une capture vidéo prise au même moment à un angle identique et sur une photo prise quelques secondes après, on s’aperçoit que ce ne sont que trois des quatre missiles qui ont été lancés. Mahmoud Ahmadinejad se serait il mis à Photoshop? Il semblerait bien. Jeudi l’AFP publiait un correctif mais trop tard, nombre de publications comme le Los Angeles Times, le Financial Times et le Boston Globe avait mis à la une cette image de propagande.
L’agence filaire Française a évidement été la cible de toutes les attaques. Négligence, influence, manque de professionnalisme… Tout a été bon pour surligner LA faute suprême.
Une tite ‘nalyse d’image Évidement la plupart des journaux ont fait preuve de pédagogie en publiant, dès le vendredi, un correctif largement illustré, appuyé des analyses d’usage sur la déontologie journalistique en vogue dans leur canard. Le premier à avoir levé le lièvre semble t’il serait Little Green Footballs et ce, dès mercredi. Quant aux éditeurs de Getty, l’agent US de l’AFP, aucune chance qu’ils ne relèvent la manip puisque d’après le director of photography Pancho Bernasconi le flux AFP arrive à part et que personne n’y jette même un oeil… Le missile manquant photoshopé avait donc toutes les chances d’atteindre (paradoxalement) son but.
La Question de Fond
Voilà déjà quelques jours que je suis sur ce post. L’actu des missiles arrive et je décide de traiter l’information. Un État manipule une image pour communiquer sur sa situation en tant de guerre. Plutôt un bon sujet, je veux le mettre en perspective, étayer mon point de vue… Puis mon boulot me rattrape, Obama & Clinton, Wall street, quelques avant premières… plus le temps de blogger, à peine d’y penser. Dans un coin de ma tête l’analyse se poursuit tout de même. Je pense à Yevgeny Khaldei, photographe emblématique de la seconde guerre mondiale, mais dont la photo du Reichtag est en réalité une reconstitution d’événement (par ailleurs retouchée pour des raisons de politique intérieure). Je pense aux images d’Alexandre Gardner prises pendant la guerre de sécession qui tenaient plus du tableau que du photojournalisme, et je pense enfin à ce photographe de Reuters au cœur de la polémique l’an dernier.
Si la photo est un instrument de témoignage, elle est également un instrument de propagande que toutes les démocraties ou dictatures ont souhaité mettre à leur service pour coroborer leurs stratégies (remember Colin Powel présentant les camions d’armement chimique Irakien ou JFK montrant les missiles cubains?).
Et là, aujourd’hui, nouvelle info, qui démontre à quel point le sujet de la guerre en Irak est devenu une affaire sensible aux États Unis, que le regard porté par le public Américain sur la situation Irakienne est à la fois erroné et manipulé et enfin combien il est important pour l’administration en place de conserver une apparence de contrôle d’une situation déjà incontrôlable.
Le photojournaliste Zoriah ( Zoriah Miller de son nom complet) s’est vu retiré son accréditation “embedded” (journaliste embarqué avec l’armée US). En cause: la violation des conditions d’embarquement à savoir, la non publication de photos de Marines mort au combat. Le photographe qui s’explique sur PDN raconte qu’il avait posté une image sur le blog Warshooter, ne pensait avoir violé aucune règle et estimait par ailleurs que montrer les soldats distribuer des friandises aux enfants Irakiens n’était qu’un aspect (tronqué) de la réalité.
La preuve qu’en matière de manipulation d’image, photoshop contrairement à la censure laisse une chance à la vérité de surgir un jour.