Canon a dévoilé hier soir son nouvel appareil de prise de vue, hybride abordable d'une caméra video et d'un vrai boîtier pro photo. Le 5D Mark II semble l'outil parfait que nombre de photographes attendait (dont moi). Pas pour la course à l'armement, mais pour son potentiel d'expression démultiplié.
Dans le même temps, Chad Hurley, fondateur de Youtube, annonce ses ambitions dans un post où il indique vouloir conquérir les écrans du monde (rien que ça) à travers la vidéo en ligne. 13 heures de vidéo téléchargée chaque minute sur la plate forme américaine, et des contenus déjà visibles sur Tivo ou votre Iphone.
Les temps se durcissent pour les agences photographiques, Jean Pierre Pappis, fondateur de l'agence Polaris, confie à Miki Johnson devoir travailler encore plus dur aujourd'hui pour le même résultat qu'hier pendant que Christian Caujolle, fondateur de l'agence VU, regrette le temps ou l'image photographique trouvait acquéreur pour un prix à la hauteur des investissements créatifs et financiers. Getty Images brade ses images, passe à la vidéo, Corbis licencie. La presse n'est désormais plus un sérieux débouché pour la production photo. Le contenu seul de l'image fixe, s'il étonne encore par la prouesse de ses auteurs, ne suffit plus à véhiculer le propos. Les cimaises de Perpignan ont beau réunir des milliers de visiteurs, ce sont encore les projections (contenus animés et mis en musique) qui attirent le plus de spectateurs.
Enfin c'est le succès de Mediastorm, The Raw Files ou Talking Eyes Media, plateformes de production multimédia. De The multimedia shooter, lieu de connaissance pour tous les amateurs de contenu multimédia. C'est l'époque de l'explosion du mini format vidéo, des Codecs en tous genres, de Imovie, des webcams... l'image fixe se met à bouger. La parole remplace le silence, c'est l'heure de la complémentarité, l'heure de la convergence entre vidéo et photo. New York Times, Time.com, Newsweek, The Rocky Mountain News (un des plus prolifique et créatif) tous les grands se mettent à la production vidéo. Il est maintenant fréquent de se retrouver à coté d'opérateurs équipés de MiniDV estampillé New York Post, et la dernière Fashion Week comptait presqu'autant de caméra que de photographes. Dernière frontière franchie, les concours récompenses désormais le multimédia: NPPA et le NPOY et même le World Press Photo offrent une place au contenu multimédia!
La photographie n'est pas morte, pas plus que le photojournalisme, elle prend un nouveau sens et appuie un discours désormais accessible à chacun. Parce que le multimédia enrichit la photographie de ses interviews, en plans fixes et serrés sur le visage, le photojournalisme devra épurer ses images des portraits trop faciles et se concentrer sur l'histoire, la raconter de nouveau et proposer un angle différent au sein d'une même production. Parce que le photographe est trop souvent solitaire, il devra apprendre à se fondre dans une équipe et servir l'histoire dont il est dépositaire. La vidéo offre une nouvelle possibilité narrative, mais aussi de nouveaux débouchés éditoriaux et économiques.
L'audience formidable et croissante de la vidéo sur internet due à la généralisation d'un parc informatique de plus en plus performant, de technologies de codage permettant de meilleures compressions et du développement des réseaux, amènent doucement mais sûrement l'industrie du photojournalisme vers cette voie du multimédia.
Ce modèle nouveau n'affectera pas que les photojournalistes que nous sommes, mais également les agences pour lesquelles nous travaillerons. Le train est d'ailleurs déjà en route pour certains. X17, Splash et bien d'autres agences de Paparazzi ont pris le tournant, fournissent nombres de sites web et génèrent des revenus publicitaires sur leur blog.
Certains photographes comme Ziv Koren, ou Chase Jarvis profitent de l'outil pour offrir une nouvelle dimension à leurs projets et populariser leur point de vue.
Le futur est là dans la main des patrons d'aujourd'hui, ceux qui iront vers cette convergence des moyens attireront à eux les regards, les talents et les clients nouveaux. Ceux qui auront le courage de conserver leur identité de photographe, en offrant aux spectateurs l'accessibilité nouvelle de la vidéo, développeront les succès de demain. La convergence est en marche, la technologie apportera dans les cinq ans à venir la réponse à la crise que traverse aujourd'hui l'industrie du photojournalisme.
Le futur est là:



